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Titre
Louis-Alexandre de Dardel
L.A. de Dardel


En 1869, Louis-Alexandre de Dardel va chercher à Oslo
deux chevaux offerts par le roi

Bulletin agricole

Nous devons rectifier ce qui a été dit récemment par plusieurs journaux et à notre insu, au sujet des chevaux norwégiens.
Le gouvernement n'a pas acquis, mais autorisé de payer les frais de transport qui s'élèvent à mille francs environ.
Voici du reste l'exacte version de tout ce qui s'est passé à cet égard.

Le président du comité de Sion[1] en sa qualité de 1er vice-président de la société d'agriculture de la Suisse romande, avait eu les primeurs de l'avis du don fait par le roi de Suède.[2]

Il se met en rapports immédiats avec l'intermédiaire obligeant de cette munificence royale à la société : il demanda surtout des renseignements précis sur les qualités des animaux et sur les conditions auxquelles nous pourrions les obtenir. La réponse textuelle de M. de Dardel porte : « Ces chevaux conviennent particulièrement aux montagnes du Valais. Je ne doute pas, que, si celui-ci offre de couvrir les frais de transport, le comité central s'empressera de les abandonner au Valais, parce que cette race est peut-être la seule qui puisse remplacer avantageusement les mulets. » Voilà ce qui se passait, il y a quatre mois environ.

Dès lors, M. de Dardel est parti pour Christiania[3] : il a ramené à Morges les deux reproducteurs et le public Vaudois en particulier a pu les voir de près. Le 11 mai, le président du comité de Sion, avant son départ pour le concours de Morges, se fit autoriser par l'État d'acquérir en remplissant les conditions tracées par M. de Dardel. Après examen des animaux, et informations prises sur la somme dépensée pour le transport, il télégraphia au Département de l'Intérieur, qui répondit sur le champs : « autorisons achat mille francs les deux  »

La soumission fut donc déposée dans ces termes et avec garantie de remplir fidèlement les prescriptions du cahier des charges afin d'assurer une propagation et un avisement conforme au but primitif proposé par M. le roi de Suède et de Norwège[4]... Celui-ci s'était en effet énoncé dans ces termes : « Je crois ces chevaux appropriés surtout aux pays de montagnes et dont les routés sont en souffrance »

Les membres du comité central présents au concours de Morges en grande partie, ont tous donné au soussigné l'assurance verbale que le comité dans ses futures délibérations prendra en sérieuse considération les besoins et les offres très-convenables du Valais. — Voici l'exacte vérité.

La parole donné sera respectée, il n'y aucun doute pour nous, mais il est regrettable que l'on ait annoncé comme un fait accompli, une chose qui ne l'était pas encore définitivement. Nous tiendrons le public au courant de tout ce qui l'intéressera et dans la mesure naturellement de nos forces.

Le président du Comité

Le Confédéré, 23 mai 1869, p.2


Extrait d'un autre document

En séance du 7 février 1869, Mr le Président informe que le roi de Suède a fait don à la Société d'agriculture de la Suisse romande de deux reproducteurs de l'espèce chevaline de race norvégienne, provenant du haras royal, que Mr de Dardel est chargé de chercher à Christiania. Selon les renseignements qui sont parvenus, cette race souple et robuste est surtout propre pour les montagnes et le Valais pourrait espérer, parmi les cantons de la Suisse romande, retirer par ces reproducteurs des avantages considérables pour la régénération projetée de l'espèce chevaline. Il est décidé d'entrer en négociations pour l'acquisition de ces reproducteurs.

Au concours de Morge[5], où la Société romande les avait exhibés, ce couple de chevaux de taille moyenne d'un blanc jaunâtre, sauf une raie noire qui part de la tête et parcourt tout le dos de l'animal, en sorte que la crinière est formée de crins blanc et noirs, avait été fort remarqué.

Après des pourparlers qui ont abouti heureusement, le Comité central de la Suisse romande a adjugé les reproducteurs norvégiens au Valais, moyennant remboursement des frais de transport. Les frais de transport ascendent au total à 1100 fr. Thor, l'étalon, est remis pour le prix de 300 fr. à la Société des guides de Martigny et sera utilisé pour les croisements avec la race dite de Charrat, afin d'obtenir des produits utiles au transport des voyageurs ; la Société hippique de Sion qui s'est imposé pour près de 2000 fr. de sacrifice, reçoit, comme compensation, la jument pour 100 fr. et l'État du Valais solde le reste, soit 700 fr.

La sobriété et la douceur de cette race, remarque le Rapport de Gestion du Conseil d'État de 1869, nous portent à croire que si elle s'acclimate dans notre Canton, elle pourra, avec le temps, remplacer les mulets dans tous les travaux réservés à ceux-ci et surtout pour le transport des touristes.

L'étalon anglo-normand a été trouvé fort beau au concours de Morges ; comme il n'avait que 4 ans il n'a pu être primé, mais il a obtenu une coupe d'honneur. Au concours préparatoire de 1869 à Sion, Jouteur obtient le premier prix. Le Conseil d'État, dans son rapport sur sa gestion de l'année 1870, émet les remarques suivantes sur l'amélioration de l'espèce chevaline : « Nous vous avons annoncé, il y a un an, que l'étalon anglo-normand, fort apprécié pour la beauté de ses formes, avait été mis au service des éleveurs. Nos espérances n'ont pas été déçues, car il contribue puissamment à l'amélioration de notre race chevaline. 28 poulains et pouliches sont nés de ce reproducteur, depuis son arrivée dans le Canton. Les connaisseurs leur attribuent d'avance une valeur commerciale importante ».

« 33 juments ont été saillies par lui en 1870. »

« L'étalon norvégien, acquis par un citoyen de Martigny, rend aussi de très bons services dans le Bas-Valais. La jument norvégienne a mis bas deux poulains et une pouliche ; elle porte de nouveau. On peut donc espérer d'obtenir, à côté d'une race croisée, une race pure, celle des chevaux norvégiens proprement dits ».

A l'exposition de Sion, en 1871, une prime de 25 fr. fut décernée pour l'étalon Jouteur. Thor, l'étalon norvégien était bien conservé, malgré le rude travail auquel il avait été soumis et qu'attestait l'état de son dos pelé, depuis le rein jusqu'au garrot.

Vers 1875, la Société hippique se dissout.

Les norvégiens croisés avec les chevaux du pays ont donné l'un ou l'autre sujet réussi ; mais, à côté, combien de produits manqués, résultats de croisements anormaux et d'un élevage défectueux.

La Société sédunoise d'agriculture et le développement agricole de Sion, 1908, pp.111-113


[1] Louis-Alexandre possédait des vignes à Sion, dans le Valais.
[2] J'ignore pourquoi le roi avait offert ces deux chevaux à la Suisse. Néanmoins, le frère de Louis-Alexandre, Fritz von Dardel, était officier à la cour de Suède. Leur père avait épousé en 1808 une comtesse suédoise.
[3] À l'époque, la ville d'Oslo s'appelait Christiania.
[4] Le roi de Suède était alors en même temps roi de Norvège.
[5] Morges, dans le canton de Vaud.


Voir aussi :
Fiche généalogique de Louis-Alexandre de Dardel, avec des détails biographiques.
Fiche généalogique de Georges-Alexandre de Dardel, le père de Louis-Alexandre.


Famille Dardel

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