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Henriette de Montbéliard

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Henriette de Montbéliard
(von Mömpelgard)
Henriette von Mömpelgard

Les Lewenhaupt descendent de Guillemette de Neuchâtel, descendante d'Amédée Ier et d'Henriette de Montbéliard, dont Guillemette de Neuchâtel était l'arrière-grand-mère. Dans ce tableau généalogique, nous nous sommes dispensés de détailler l'ascendance des Comtes de Lewenhaupt, apparentés Hohenzollern, car des centaines de pages n'y suffiraient pas. Néanmoins, en raison de cette double ascendance croisée Neuchâtel-Montbéliard de Georges-Alexandre et Sophie de Dardel, il nous a semblé utile et pédagogique de faire une exception et de mentionner dès maintenant ci-dessous la biographie de cette Henriette de Montbéliard (von Mömpelgard en allemand) dont on peut suivre ici la trame généalogique descendante des onze générations intermédiaires qui la rattachent à Sophie de Dardel.

Cette biographie commence par une liste sommaire des ascendants d'Henriette de Montbéliard, très instructive pour notre promenade généalogique, puisqu'ils y figurent au titre de ladite Sophie, dont elle donne un tableau généalogique vertigineux et, pour une partie commune très importante, également au titre de son mari Georges-Alexandre de Dardel. De plus, cette biographie est très intéressante, car Henriette, fille aînée et unique héritière d'Henri III de Montfaucon tué aux Croisades en 1396, puis jeune veuve du comte Eberhardt de Wurtemberg, captura et enferma dans ses geôles — où il mourut — le comte Frédéric de Zollern, qui l'avait gravement injurié en la prenant — avec ses fiefs — pour une proie facile. Et, en veuve énergique, elle rasa, après un an de blocus, son château de Hohenzollern jusqu'à ses fondements en 1423. Henriette, comtesse de Montbéliard était l'aînée des quatre filles d'Henri III de Montfaucon, comte de Montbéliard, tué, en 1396, à la bataille de Nicopoli.

Le comte Étienne de Montbéliard, père d'Henri III, vivait encore. Sentant sa fin approcher, il fit un testament par lequel il instituait Henri son héritier en tous ses biens stipulant qu'au cas que son fils Henri ne revînt pas de son expédition contre les infidèles, Henriette, l'aînée des filles d'Henri III, lui succéderait dans le comté de Montbéliard, dont lui, comte Étienne, fils d'Henri II de Montfaucon et d'Agnès, comtesse de Châlons, avait hérité de sa mère. Elle-même y avait succédé à son frère Ottenin, héritier de Guillemette de Neuchâtel, leur mère, arrière-petite-fille de Thierry III, seigneur de Montfaucon, comte de Montbéliard, et d'Adélaïde, comtesse de Ferrette. Thierry III était, par son père Richard III, comte de Montbéliard, l'aîné des fils du comte Amédée Ier, seigneur de Montfaucon, qui avait succédé dans le comté de Montbéliard à Agnès de Mousou sa mère, à l'exclusion des comtes de Bar et de Ferrette, qui étaient des branches masculines de la maison de Mousou-Montbéliard.

Agnès était fille aînée de Thierry II, comte de Bar et de Montbéliard, petite-fille de Thierry Ier, comte de Mousou, de Bon, de Montbéliard et de Verdun ; enfin arrière-petite-fille, par son père, de Louis Ier, comte connu de Mousou, de Montbéliard et de Bar. Richard, comte de Montbéliard, fils d'Amédée Ier, comte de Montbéliard, seigneur de Montfaucon, avait eu, outre Thierry III, un autre fils nommé Gauthier, qui, en 1205, épousa Bourgogne de Lusignan, fille d'Amaury, roi de Jérusalem et de Chypre. Ce Gauthier de Montfaucon-Montbéliard fut connétable du royaume de Jérusalem et régent de celui de Chypre pendant la minorité de son beau-frère, le roi Hugues Ier.

C'est de ce Gauthier de Montfaucon-Montbéliard qu'Henri II, époux d'Agnès de Châlon, descendait par son père Henri Ier, au troisième degré. Le comte Étienne de Montbéliard maria sa petite-fille Henriette à Eberhard, dit le Jeune, comte de Wurtemberg, qui n'avait encore que neuf ans. Ce mariage ne fut ni long ni heureux. Le comte Eberhard, dit le Jeune, mourut le 2 juillet 1419, laissant d'Henriette deux fils, Louis et Ulrich, dit le Bien-Aimé, avec une fille, Anne, qui épousa le comte Philippe de Cotzellenbogen. Henriette gouverna le comté de Wurtemberg au nom de ses deux fils mineurs. Des voisins ambitieux crurent le moment favorable pour attaquer le Wurtemberg, mais Henriette avait la connaissance de ses forces et de ses devoirs. Le comte Frédéric de Zollern, l'Ancien, dit Otinger, s'oublia jusqu'à tenir des propos injurieux contre Henriette : « Quo tempore », dit Trithem, Chronique d'Hirschau, « ab anno 1422, comes de Zolern, in superbiam elatus, dispexit mulierem quasi regimine principatus indignam, eam subsannando his inter alias verbis : num vulva hujus mulieris foetulenta me vult aut poterit deno absorbere ? » Derechef, Henriette assembla ses troupes, convoqua ses vassaux et ses alliés, marcha vers le comte, le battit et, ayant mis le siège devant le château de Hohenzollern, s'en empara après un an de blocus, fit le comte prisonnier et l'envoya dans les prisons de Montbéliard, où il mourut. Elle rasa le château de Hohenzollern jusqu'aux fondements, et resta en possession de ce comté jusqu'en 1429. Le comte Frédéric de Zollern étant mort, Eitel-Frédéric, son frère, obtint de faire la paix avec les comtes de Wurtemberg. Mais les conditions furent si dures que, par l'une entre autres, les comtes de Hohenzollern, en se résignant à supporter seuls les frais de la guerre, se reconnurent, en outre, vassaux et serviteurs à perpétuité de la maison de Wurtemberg. Ils stipulèrent que, si jamais leur maison venait à s'éteindre faute de mâles, tous leurs biens passeraient à celle de Wurtemberg.

Henriette, lors de la majorité de ses fils, leur remit les rênes du comté de Wurtemberg, conservant seule celles du comté de Montbéliard. Elle chercha à s'attacher les maisons de Savoie, de Clèves et la maison électorale palatine. Dans cette vue, elle conclut : 1° le mariage de son fils aîné, le comte Louis, avec Mathilde, fille de Louis le Barbu, électeur palatin, et de Mahaut de Savoie, fille d'Amé, prince de Piémont, d'Achaïe et de la Morée ; 2° le mariage d'Ulrich, son autre fils, avec Marguerite, fille d'Adolphe II, duc de Clèves, veuve de Guillaume, duc de Bavière. Quelques auteurs font dater le partage qui eut lieu des États de Wurtemberg entre les deux fils d'Henriette à l'époque de ce dernier mariage conclu en 1440. Mais Henriette étant morte à Montbéliard, où elle fut inhumée le 13 février 1443, ses deux fils confirmèrent en commun, le 9 mars suivant, les franchises des habitants de Montbéliard. Or, si le partage eût été fait en 1440, ce diplôme n'eût été signé que par le seul comte Louis, qui eut ce comté dans sa part. De sorte qu'il faut conclure de ce fait diplomatiquement prouvé que, tant qu'Henriette vécut, ses deux fils régnèrent par indivis.

Texte de Dominique Barbey (2012)